manifestation à Copenhague 2009

La société civile gronde

A trois jours de la clôture du sommet de Copenhague, la société civile redouble d’efforts. Avec Les bruits de Copenhague, vivez en direct depuis le Bella Center les négociations et l’engagement des ONG sur la question climatique.

  • Mercredi 16/12. Devant la mairie de Copenhague. 19h.

C'est l'heure de la Terre à Hopenhague. Les citoyens du monde entier sont invités à éteindre leurs lumières pendant 60 minutes. Au Bella Center, l'événement n'est pas suivi. Les discours des chefs d'Etats s'enchaînent dans la salle Tycho Brahe et l'électricité marche à plein régime.

  • Mercredi 16/12. Bella Center. 19h.

La jeunesse internationale organise un « sit-in » au beau milieu du centre de négociations. Assis à même le sol, les militants récitent un à un les noms des 11 millions de personnes qui ont signé la pétition en faveur d'un accord légalement contraignant lancée par le mouvement Tcktcktck de Kofi Annan. En début de semaine, les jeunes se comptaient par milliers au Bella Center. Depuis hier, ils ne sont plus que quelques poignées autorisées à pénétrer dans le bâtiment.  

  • Mercredi 16/12. Bella Center. 18h30.

L’Australie, la France, le Japon, la Norvège, le Royaume-Uni et les Etats-Unis annoncent à l’instant avoir conclu un accord financier sur la reforestation. 3,5 milliards de dollars seront accordés aux pays en développement pour les trois prochaines années.

  • Mercredi 16/12. Salle principale de presse au Bella Center. 18h25.

Yvo de Boer tient sa conférence quotidienne devant la presse internationale. Une journaliste l’interroge sur les violences qui se sont produites entre la police et les manifestants à l’extérieur du Bella Center. Réponse conventionnelle :

« Je ne suis pas allé dehors… je n’ai pas eu l’occasion de regarder la télévision… je ne sais pas ce qu’il s’est produit. Mais je sais qu’il s’est produit des incidents à l’intérieur (…) d’étranges sacs laissés à droite à gauche, des gens interrompant d’importantes réunions… Je ne sais pas combien d’entre-vous ont eu l’occasion d’être témoin d’un G-20 ou un sommet de l’ONU (…). Selon moi, jamais l’accès à un tel événement n’a été aussi facile et transparent. Dans le même temps, je dois reconnaître que ces incidents me poussent à poursuivre dans cette direction. (…) A la fin de la journée, il est de ma responsabilité de m’assurer de votre sécurité et de celle de tous les participants. C’est l’élément dramatique du sommet ».

  • Mercredi 16/12. Hall H du Bella Center. 18h.

Les fossiles du jour ont été distribués. Le continent nord-américain se distingue une nouvelle fois. 1er le Canada, 2ème : les Etats-Unis, 3ème : les Etats-Unis. En savoir plus, rendez-vous sur le site officiel de « Fossile of the Day ».

  • Mercredi 16/12. Salle Tycho Brahe. 16h.

Depuis midi, les chefs de gouvernement et d’Etats se succèdent à la tribune devant les nations réunies dans la salle plénière. A quelques exceptions près, les discours dénotent fortement de l’état d’esprit de la société civile. Contraste saisissant. Hugo Chavez, président du Venezuela, fait comme toujours une représentation remarquée.

Ses piques à l’encontre du capitalisme, unique responsable du réchauffement climatique selon lui, soulève des applaudissements. Cocorico ! Le meilleur ennemi des Etats-Unis, tient dans ses mains le tout dernier ouvrage du journaliste-écrivain Hervé Kempf : « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme ». M. Chavez paraphrase le spécialiste des questions environnementales au journal Le Monde. Hugo fait sa promo. Il existe des éditions en français, en anglais et en espagnol assure le Vénézuelien. Surréaliste. Nicolas Sarkozy s'exprimera demain après-midi, jeudi 17 décembre.

  • Mercredi 16/12. Bella Center. 15h30.

Toujours dans la catégorie non-vérifiable, différentes sources évoque un nouveau texte danois qui serait en préparation. Il devrait être distribué aux délégations avant les consultations qui démarrent à 17h. Info ou intox, difficile de trancher. Cependant les sources diffèrent : pour certaines il s’agirait d’un unique texte, la fusion du protocole de Kyoto et du futur accord de Copenhague. Pour d’autres, il s’agit toujours de deux documents différents. A suivre.

  • Mercredi 16/12. Devant le Centre de presse. 15h.

Les rumeurs vont bon train au Bella. Toujours selon Elise Buckle, responsable climat du WWF France, les Etats-Unis pourraient finalement accepter de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 18% selon les niveaux de 1990 et non plus 2005. Si cela se confirmait, cette mesure pourrait totalement relancer le processus de négociation. Info non vérifiable pour le moment.  

  • Mercredi 16/12. Devant le Centre de presse. 14h45.

Point presse du RAC (Réseau Action Climat) qui regroupe les ONG françaises spécialistes du climat. Les porte-paroles de WWF et Greenpeace sont anxieuses.

Le retrait de Connie Hedegaard, présidente de la conférence de Copenhague, inquiète. Officiellement, le Premier ministre danois, Loekke Rasmussen, prend le relais car dans la hiérarchie il est préférable que les chefs de Gouvernement traitent avec un politique du même rang. Officieusement, Mme Hedegaard aurait démissionné, selon les ONG. L’ex-Présidente aurait baissé les bras face aux pressions de son supérieur.

« Ce n’est pas du tout une bonne nouvelle », explique Elise Buckle, responsable climat du WWF France. « M. Rasmussen est beaucoup plus libéral et beaucoup plus proche des Etats-Unis ». La jeune femme estime qu’une « alliance verte » et le retour du leadership européen pourraient sauver le traité de Copenhague. Mais il faut que les pays européens s’engagent. « La balle est dans leur camp ». Une réunion au sommet de l’UE devrait avoir lieu ce soir ou demain matin. « Sinon c’est foutu. Si ça ne marche pas, c’est la fin du multilatéralisme. C’est la fin des Nations Unies ». Les maux sont extrèmement forts.

Côté militantisme, l'ambiance est plutôt morose. « Il est très clair que les ONG sont mise de côté. Nous sommes les survivants des négociations. Hier, les trois-quart de nos containgeants ont été mis à la porte. Du jamais vu. Il ne restera demain plus que 90 observateurs. Cela veut dire que nous n’aurons que très peu d’informations indépendantes et que nous dépendrons des services de presse des gouvernements ».  

Mercredi 16/12. Couloirs du Bella Center. 11h.

(voir la vidéo)

Les peuples indigènes, jusque-là très tranquilles et soutenus par l’ONG des Amis de la Terre, décident de passer à l'action. Banderoles, pancartes et slogans. Les voilà qui se regroupent en un cortège hurlant leurs droits à la considération. « Respectez les droits des peuples Indigènes ! ». Le brouhaha fait bondir les  journalistes  hors de la salle de presse. Ils se précipitent pour accompagner les manifestants jusqu’à l’entrée du Bella Center. Dans l’empressement, j’en oublie mon sac (portable, carte de presse, passeport, porte-feuille) et mes épaisseurs (manteau, gants, écharpe). A partir de cet instant, la distanciation n’est plus possible. La journaliste, que je suis, va vivre ce que ces personnes en pleine protestation vont vivre. D’où le « JE ».

Le cordon des indigènes marche à vive allure vers la sortie du Bella Center. Objectif : rejoindre les manifestants à l’extérieur « the People Assembly » (l’assemblée du peuple). La presse marche à reculons face à la grande banderole tenue avec vigueur par Boliviens, Amérindiens, Océaniens et autres peuples Premiers d’Asie. Les slogans suivent le rythme des chants Cree de Calython Thomas-Muller (Indigenous Environmental Network). La sécurité est sur le qui-vive mais reste calme. Elle s’assure simplement que personne ne se blesse sur le chemin qui mène vers l'extérieur.

Effet d’entonnoir au niveau de la grille qui marque la sortie. Mais passage sans heurts. Les chants et les cris sont vigoureux malgré le froid et la neige. Quelques épaisseurs auraient été bienvenues. Les indigènes regroupés derrière leur banderole rouge pétard poursuivent leur marche en avant. La sécurité commence à s’agiter. Leur chauve chef s’entretient avec un responsable français des Amis de la Terre. Le tricolore fait stopper le cortège. La police danoise est, dans un premier temps, d’accord pour laisser les Indigènes rejoindre l’autre manifestation. Mais elle fait savoir que des arrestations sont en cours là bas et même si les protestations des Indigènes sont pacifistes, ces derniers peuvent être arrêtés. Un vote à main levée est proposé : poursuivre ou s’arrêter ?  Réponse « rejoignez l’assemblé du Peuple ! », « respectez les droits des indigènes ! ». La marche reprend.

Le cordon longe le canal sous le métro. Pour passer de l’autre côté, il faut franchir un pont. Nouvel arrêt. La police a changé d’avis. Elle refuse maintenant que les deux manifestations se rassemblent devant l’autre entrée du Bella Center. Apparement ça a dégénéré là-bas. Ricardo Navarro, représentant des Amis de la Terre au Salvador, s'exprime. Il s’en prend à la police qui refuse l’expression pacifiste de la société civile. Qu’importe l’interdiction, les Indigènes s’engagent sur le petit pont. A l’autre bout, d’autres policiers, en tenue de Robocop, leur font front. Très grossièrement : des casques et des matraques contre des plumes et des slogans. Le passage est trop étroit, les protestataires ne passeront pas. Bloqués sur le pont. Des sympathisants se mettent à hurler : « le monde vous regarde ! ».

La situation n’évoluera pas. La neige tombe toujours. Le vent est glacial. Je décide de rebrousser chemin vers le Bella Center. Récupérer mes affaires pour mieux revenir et tenter d’approcher l’autre manifestation. Je me présente devant l’entrée du complexe, celle par laquelle sont admis journalistes, ONG et parties. Les effectifs policiers ont doublés. Des barrières ont été ajoutées. Impossible de rentrer dans le centre. J’interpelle un agent en lui montrant mon accréditation, mon seul document d’identification. « Je suis désolé, mais le centre est fermé, vous ne pouvez plus rentrer ». J’ai beau expliquer avoir laissé mes affaires à l’intérieur, papiers et manteau compris, le bien emmitouflé policier refuse de me laisser passer. « Vous auriez dû y penser avant ». « J’ai simplement fait mon travail. Là je suis nue dehors, sans portable, sans passeport, sans manteau, et vous allez me laisser comme ça ? ». Il hausse les épaules. Enfermée dehors. 

Les autres journalistes qui couvraient la manifestation des Indigènes ont, à leur tour, rebroussé chemin. Personne ne réussit à amadouer les « Cerbères ». La foule commence à grossir. Les délégations, ministres et diplomates affluent car la séance plénière des discours des Chefs d’Etats démarre ce jour. Une équipe de TF1 a pitié de moi et me propose généreusement gants, bonnet et écharpe. Tous dans la même galère, nous tentons de discuter avec les policiers. Impossible.

Selon une journaliste française, le directeur du GIEC, lui-même, se retrouve coincé. L’acteur français Pierre Richard est mis dehors. Un journaliste trop nerveux est arrêté. Devant la brutalité de cette arrestation, le calme s’installe. Malgré le froid, malgré la frustration. Seuls passent les passeports diplomatiques. Au bout d’une heure, un mégaphone annonce que journalistes et parties sont enfin autorisés à retrouver le Bella Center.

  • Mercredi 16/12. Couloirs du Bella Center. 10h.

Les peuples indigènes se sont rassemblés pour une action « faire entendre notre voix ». Déforestation, réfugiés climatiques, impact environnemental du réchauffement climatique, autant de thématiques qui menacent leurs cultures. Les délégations indigènes présentes à Copenhague exhortent les parties à faire apparaître le respect de leurs droits dans le futur (s'il y a) traité de Copenhague. Les leaders des différents peuples sont regroupés devant l'entrée du hall principal et répondent aux questions des journalistes. 

  • Mercredi 16/12. Métro Ligne 1. 7h30.

Le plan sécurité entre dans sa dernière phase de déploiement. La station de métro Bella Center est fermée depuis ce matin. Le périmètre de sécurité a été étendu à cause d'une manifestation organisée par les ONG devant le Bella Center. Il faut donc descendre avant, ou après, et terminer le trajet à pied pour pénétrer dans le désormais dénommé Bella Bunker.

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