texte danois copenhague 2009

L'épisode du texte danois

Deux journées de négociations auront suffi pour que les esprits ne s’échauffent à Copenhague. L’épisode du texte danois est l’illustration parfaite des tensions qui ont couru pendant les deux semaines de conférence. L’étincelle est venue du journal britannique The Guardian qui a pu se procurer ce projet de texte dont la teneur a fait bondir le G77 (Groupe des pays en développement) et la Chine.

La rumeur courrait depuis fin novembre. Le Premier ministre danois, Loekke Rasmussen, aurait en sa possession le brouillon d’un texte qui ressemblerait de près au futur accord de Copenhague de lutte contre le réchauffement climatique. En salle de presse, au Bella Center, c’était à celui qui le trouverait le premier. Et à ce jeu, c’est le Guardian qui a gagné. A la mi-journée, le quotidien britannique a semé la panique en publiant dans ses colonnes le fameux texte danois. Un document daté du 27 novembre dernier.

Que dit le texte ?

  • Limiter le réchauffement climatique à maximum 2 degrés Celsius d’ici à 2050.
  • Les pays en développement devront aussi baisser leurs émissions de gaz à effet de serre (GES).
  • Diviser les pays pauvres en créant une nouvelle catégorie, celle des « plus vulnérables ».
  • Confier le financement  de l’aide à un organisme qui pourrait dépendre de la Banque Mondiale. Cette aide des pays riches pourrait être immédiate et s’élever à 10 milliards de dollars par an d’ici à 2012.

Et surtout, que ne dit-il pas ?

  • Ce qu’il advient du protocole de Kyoto, unique texte contraignant aujourd’hui, mais qui n’oblige que les nations industrialisées à réduire leurs émissions de GES.
  • Riches et pauvres seraient donc contraints aux mêmes mécanismes et aux mêmes objectifs de lutte contre le réchauffement climatique.Réactions en chaines

Dès le début du Sommet, Connie Hedegaard a tenté de calmer la rumeur. Lors de la conférence de presse d’ouverture des négociations, la très charismatique présidente danoise de la Cop15 tentait de convaincre les journalistes qu’il n’existait pas de texte déjà rédigé.

Traduction : Il y a beaucoup de sortes de textes qui circulent. Mais le texte… le projet de texte qui pourrait finalement être accepté ici… il ne serait en circulation que bien plus tard et personne de pourrait l’avoir vu parce qu’il n’existe pas. Tout simplement parce qu’il devrait refléter ce qu’il se passe, ce qu’il ressort de toutes les conférences des parties et des groupes. Et quelques soient les décisions des leaders politiques, elles doivent refléter ce texte que nous devrons adopter, je l’espère, vendredi 18.

Un texte "très dangereux"

Connie Hedegaard est finalement contredite dès le lendemain par cet article du Guardian selon lequel le gouvernement danois aurait préparé et rédigé un projet de texte. Le plus inquiétant est que le document provient de son propre gouvernement. Le journal Britannique cite un diplomate. Le document serait " très dangereux pour les pays en développement. Il retravaille fondamentalement les obligations équilibrées de l’ONU. Il se superpose aux pourparlers et cela sans aucunes discussions ".

La publication du texte a tout d’abord fait réagir les ONG présentes à Copenhague. Cité par le Guardian, Antonio Hill, conseiller de la politique climatique de Oxfam international, considère " qu’il ne s’agit que d’un projet, mais il souligne le risque que lorsque les grands pays se rassembleront, les petits seront blessés. Les limitations des émissions doivent être échelonnées pour chacun. Il y a beaucoup trop de lacunes et il ne suggère absolument pas de réduire de 40% les émissions comme le préconise la science ".

Réactions en chaîne

Egalement des représentants des pays africains ont appelé, invectiver même, leurs négociateurs à ne pas se laisser diviser par les propositions danoises. Leurs cris "2 degrees is suicide" (2 degrés, c’est du suicide) et leurs appels à l’unité africaine ont attiré la foule des caméras et journalistes dans le hall principal du Bella center, à proximité de la salle plénière Tycho Brahe, où se déroulent les négociations.

Traductions : Mesdames et Messieurs, alors que nous nous tenons debout devant vous, c’est le deuxième jour… c’est le deuxième jour et nos espoirs sont réduits à néant. Nos espoirs sont réduits à néant… nos espoirs sont réduits à néant à cause de motivations malhonnêtes. Oui, nous sommes attristés parce que les négociations sont menacées par des intérêts politiques. Nous sommes ici à Copenhague pour dire aux leaders que tout ceci n’est pas suffisant pour un accord légalement contraignant".« Nous sommes ici parce que nous ne laisserons pas l’Afrique se diviser comme elle a été divisée dans le passé. L’Afrique est le continent dont les pays sont les plus divisés. Parce qu’il n’a pas été divisé en Afrique, mais bien ici dans l’Ouest, par les organisateurs de cette conférence, et nous ne nous laisserons pas faire. Des gens souffrent et leurs vies n’ont pas de prix. Nous ne mourrons pas en silence. 10 milliards ! 10 milliards, ce n’est pas suffisant pour racheter ce que vous avez causé. Nous disons donc : 1 degré est ce que l’Afrique demande. 2 degrés, c’est du suicide. Mesdames et Messieurs, nos négociateurs doivent rester fermes. Nous les soutenons pour qu’ils préservent les intérêts des peuples pauvres d’Afrique. 

Les Etats Africains ne sont pas les seules nations vulnérables à réagir vivement à ce projet de texte proposé par le Premier ministre danois, Loekke Rasmussen. Les peuples indigènes réunis en fin de journée ont également transmis leur indignation à la presse. 

Traduction : Dans ce texte, nous ne voyons rien qui puisse indiquer une quelconque participations des peuples indigènes, ni aucune référence au savoirs ancestraux que les peuples indigènes possèdent. Ils appellent les peuples les plus vulnérables à apporter leur soutient. Nous les peuples indigènes, nous considérons que nous sommes les plus vulnérables et en cela nous devons être considérés dans ces négociations. Nous croyons que nous pouvons contribuer et nous pensons que devons faire partie de ces négociations parce que nous sommes les réels propriétaires (de ces terres). Vous savez, nous avons les forêts, et vous savez nous conservons ces forêts depuis des siècles. Par exemple quand nous parlons du REDD dans les communautés, les gens se demandent ce qu’est le REDD ? Et nous leur disons que REDD est ce que nous faisons depuis des siècles… protéger les forêts !

Yvo de Boer reconnaît l'existance du texte

Au même instant, Yvo de Boer, Secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies, tentait de calmer les esprits. Dans un communiqué envoyé par email à la presse, il explique que ce texte n’est rien de plus que tout autre projet ou brouillon en discussion entre les parties. "Ce document est un texte informel préparé en amont de la conférence vu le nombre de participants aux consultations. Seuls textes officiels qui s’inscrivent dans le cadre du processus de l’ONU sont ceux établies par les présidents de conférence lors de l’injonction des parties".

Kim Carstensen, Directeur du WWF Global Climate Initiative (Delphine RIgaud / Durable.com)

Le WWF a également apporté son point de vue en tenant un point presse extraordinaire devant l’entrée du centre de presse. Selon Kim Carstensen, Directeur du WWF Global Climate Initiative, a estimé que les tactiques en coulisses, sous la présidence danoise, menaçaient gravement la conclusion d’un accord.

Traduction : Mon sentiment est que ce texte n’aide pas les négociations. Ce n’est pas un désastre. Nous devons croire que nous pouvons considérer ce texte danois, le regarder, observer ce qu’il y a dedans et le mettre sur une étagère. Il faut que les négociations passent à l’action. Le problème avec ce texte danois est qu’il vient d’un procédé qui n’est pas légitime selon le point de vue des pays en développement mais également selon la majorité des nations présentes ici. Il a été discuté dans des cercles fermés, dans des rencontres à l’abri des regards, sans aucune réelle représentation des groupes. Et il est considéré par les pays en développement comme une tentative d’accommodation des intérêts américains et des autres pays développés. Nous devons maintenant voir les négociateurs travailler dans les groupes de négociations, avancer sur la question des émissions et de la déforestation, avancer sur l’adaptation des pays vulnérables au changement climatique, avancer sur les technologies, avancer sur le financement autant que possible, avancer sur la structure institutionnelle du nouvel accord. Ils ont le temps jusqu’à la fin de la semaine pour avancer sur ces négociations et ne pas être distraits par le faible niveau d’ambition du texte danois, ni par le texte en discussion entre le Brésil, de l’Afrique du Sud, de l’Inde et de la Chine ».Côté pays en développement, le Brésil est le premier à réagir. Sérgio Serra, l'ambassadeur Extraordinaire pour le Climat du gouvernement Brésilien, s’est exprimé en fin d’après-midi : « Le document danois écraserait les négociations qui sont encore en cours. (…) Ils ont peut-être conclu que la présentation du document était trop rapide, et ensuite ils ont retiré le texte de la table. (…) Est-ce que le texte est mort ? On ne sait rien. Peut-être que non. Il se peut qu'il soit juste un peu endormi (…) De tout façon, je ne crois pas que cela puisse jeter les négociations dans le chaos.

Stanislaus-Kaw Di-Aping, ambassadeur du Soudan aux Nations unies (Delphine Rigaud / Durable.com)

Le G77 et la Chine excédés

Enfin, la réaction officielle la plus virulente est parvenue dans la soirée. Stanislaus-Kaw Di-Aping, ambassadeur du Soudan aux Nations unies, a convoqué la presse pour représenter la position du G77 (Groupe de 133 pays en développement) et de la Chine. Très solennel, parfois même menaçant, M. Di-Aping a tout d’abord rappelé que la seule scène légitime des négociations était celle proposée par la Convention-cadre des Nations Unies. " Le problème le plus important est cependant la consistance du texte danois ".

Traduction : C’est peut-être une idée danoise que les pays en développement ne sont pas assez confiants, pas assez légitimes pour manœuvrer leurs propres vues et leurs propres solutions. Laissez-moi répéter… car nous l’avons déjà dit par le passé… et c’est très important… Les Etats membres du G77 ne quitteront pas la table des discussions, des consultations ni des négociations. Nos n’accepterons pas un accord qui condamne 80% de la population mondiale qui souffre d’injustice.

Fuite incontrôlée, simple coup de poker ou manœuvre diplomatique, le projet de texte danois a semé le doute lors du deuxième jour de négociations à Copenhague. Faux texte ou vrai brouillon, difficile de se positionner. Le document aura en tout cas eu le mérite de faire s'élever les voix des pays les plus vulnérables face au changement climatique et surtout de rappeler qu'à Copenhague, après seulement deux journées, seule l'action et les engagements comptent. Il serait cependant naïf d'imaginer que les discussions se déroulent à découvert. Devant la scène ou en coulisses, peu importe finalement, tant que le verdict mène à la conclusion d'un accord juste, équitable et légalement contraignant.

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